Destroncheur

À Toulon, là-bas au Sud, ça parle aussitôt. La mêlée, rugueuse et marquée par l’accent de cette terre de soleil, est le monde du destroncheur, une première ligne hors du commun. On rentre sans se poser de question, tête contre tête, et tant pis pour les migraines d’après match qui tortureront l’adversaire. Le destroncheur a un crâne en béton, un cerveau fossilisé qui le met à l’abri des commotions diverses, des oreilles de choux dès la naissance, et un sourire de prédateur. Lorsqu’il s’agrippe au pilier vis-à-vis, vous pouvez lire dans les yeux de celui-ci une sorte de détresse qui se confirme dès le contact. Le son des épaules qui se heurtent ressemble à celui d’une pièce de viande martelée par le boucher. Puis le destroncheur quitte la mêlée pour se jeter dans le jeu, tout-fou, donnant de la tête ici et là, jusqu’au coup de sifflet final. Alors il oublie tout, reprend un aspect humain. Son premier souci est d’aller saluer sa victime de première ligne, qui n’en demandait pas tant.



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