Pieds d’alu

Il ne s’agit pas d’une prothèse mais d’une réalité cruelle. Avoir des pieds d’alu n’est pas drôle, surtout par temps humide, lorsque la terre grasse comme un chichon aspire les crampons et gêne les courses. Le pauvre atteint de cette difformité est obligatoirement un arrière. Grand, mince, musclé sans excès, il porte sur le visage les traces d’une acné ravageuse qu’aucun traitement n’a pu calmer. Lorsqu’il s’élance, ses longs membres inférieurs se soulèvent, comme les pattes d’une sauterelle. Seule différence avec l’insecte, il semble avancer au ralenti, plombé par l’alu qui, dès sa naissance, s’est introduit dans ses os. Aucune métallurgie ne peut l’en faire sortir. Le joueur doit faire avec. Résultat, il est rattrapé, plaqué, la tête dans l’herbe. Mais ses partenaires l’aiment et sont vigilants. Il est si attachant avec ses efforts, son envie, sa détermination. Dès qu’il touche le sol, ils sont déjà là, soutiennent le corps malmené et protègent le ballon pour une nouvelle relance. Oui, avoir des pieds d’alu, c’est vraiment pas drôle.



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