Que ce soit clair : le malhonnête ne le fait pas exprès. Enfin, c’est ce qu’il dit. Il a toujours une excuse à faire valoir. Par exemple, quand il a piétiné un avant adverse, ou un trois-quarts imprudent, il s’écroule à terre et feint d’avoir très mal, pointant un doigt vengeur sur sa victime en l’accusant de tous les maux. Les arbitres étant vigilants, il ne se laissent pas avoir. Mais il arrive que le malhonnête le soit tellement qu’ils se font berner. Repéré par l’équipe d’en face, engueulé par ses camarades, il préfère en général sortir une fois son forfait commis, quand il ne se prend pas de toute façon un bon dix minutes bien mérité. Ah oui, il a souvent des poils dans les oreilles et des dents gâtées.
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On connaissait le cul-de-jatte des jambes, le sourd des oreilles, le con de la vie, l’aveugle des yeux et le crétin du cerveau. Mais le manchot des mains est une belle trouvaille. Il désigne évidemment un maladroit à qui une greffe réussie des membres supérieurs ferait le plus grand bien. Alors qu’une attaque de l’arrière fonce droit vers les poteaux du miracle, que le manchot est le dernier à être servi, à un mètre de la ligne, il laisse échapper le précieux trophée. Résultat, des huées tandis qu’il se prend la tête, regrettant d’être venu au monde. Mais rassurez-vous, on a vu des internationaux trop sûrs d’eux lâcher le ballon dans l’en-but au lieu d’aplatir. Alors…
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« Cui-cui, cui-cui… » C’est par ces mots que se reconnaît la conversation du serin, ce petit oiseau chanteur, aux plumes en général jaunes. Le rugbyman cui-cui, alias miches de serin à cause de ses petites fesses, court à peu près comme le volatile, en poussant ces petits cris très reconnaissables. Posté aux ailes (c’est normal), il attend en piaillant la balle que les avants ont gagné de haute lutte et que les trois-quarts transmettent mains après mains. Une fois qu’il l’a attrapée, il n’a qu’un but : projeter son corps vers le nid aux deux poteaux. Il arrive qu’un prédateur lui barre le passage. D’un coup de patte, il l’esquive et poursuit sa route. Et quand miches de serin franchit la ligne et aplatit, il sautille de joie, projetant en l’air l’œuf miraculeux.
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Pitié ou médiocrité, c’est au choix. Le minable inspire les deux à la fois. Le cheveux gras, la peau grêlée par une ancienne acné ravageuse, les ongles noirs malgré les brosses, il a beau se laver et se récurer, il n’est jamais net. Voilà pour la pitié. Question médiocrité, il se défend assez bien. Fatigué de faire pitié, découragé et sans ressort, il en est venu à tout rater, même la camaraderie. Du coup, il vire parfois entraîneur dans une équipe improvisée et qui ne tarde pas à disparaître. Des fois, on le voit quand même dans les tribunes. On dit aussi d’un arbitre qu’il est minable quand il n’a pas fait son devoir, ou plutôt lorsqu’il a sifflé contre l’équipe qu’on soutient. Mais c’est une autre histoire.
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Attribut viril, la moustache en impose. Petite, large, fournie ou clairsemée, cette touffe de poils parfois très soignée orne le visage d’un individu particulier quand il s’agit d’un gros mot. Le moustachu, joueur ou arbitre, se tient la tête haute, le buste droit et, souvent, le regard altier. Enfin dans les premiers temps. Il est alors certain de détenir la vérité, jusqu’à ce qu’elle le rattrape. Parce que le rugby n’aime pas beaucoup les vaniteux. Le moustachu, quand il a la balle, veut montrer sa technique impeccable même s’il effectue une passe incorrecte, ses décisions justes même s’il se trompe, son sens du placement même s’il n’est pas au bon endroit… Enfin, c’est toujours la faute des autres. L’entraînement et les matchs se chargent de le rappeler à la réalité, souvent de manière douloureuse, surtout pour sa moustache.
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Voilà un individu qui correspond pile poil à son modèle aquatique. La tanche est ce poisson d’eau douce au museau arrondi, dont la peau visqueuse couvre une chair délicate. Puissant, gros, légèrement voûté, les yeux parfois rouges, il gagne la vase dès que se pointent les premiers matins frisquets. Notre museau de tanche est donc tout cela, la tête de niais en supplément. Malgré sa robustesse, il reste fragile, déteste les matchs d’hiver, saison durant laquelle il est immanquablement blessé. Sinon, vous le trouvez près des regroupements, sautillant sur place, faisant mine de défendre ou d’attaquer. Si, d’aventure, le ballon lui parvient, il peut démontrer d’étonnantes aptitudes offensives. Dommage…
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