À côté du passe-partout, Peter Pan est un gros balourd, tout juste digne de voler dans le ciel pour échapper au sinistre capitaine Crochet. Le passe-partout est petit, vif, teigneux et casse-pieds. Toujours à la limite du hors-jeu, il tape les ballons dans les mains de celui qui le tient, se faufile dans les trous de souris pour venir perturber le jeu. Chauve la plupart du temps, le visage carré et les jambes musclées, il gêne aussi bien ses partenaires que ses adversaires. Malgré les conseils de l’encadrement, il persiste et on a bien du mal à le retenir. Il paraît que le passe-partout est pareil dans la vie.
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Il ne s’agit pas d’une prothèse mais d’une réalité cruelle. Avoir des pieds d’alu n’est pas drôle, surtout par temps humide, lorsque la terre grasse comme un chichon aspire les crampons et gêne les courses. Le pauvre atteint de cette difformité est obligatoirement un arrière. Grand, mince, musclé sans excès, il porte sur le visage les traces d’une acné ravageuse qu’aucun traitement n’a pu calmer. Lorsqu’il s’élance, ses longs membres inférieurs se soulèvent, comme les pattes d’une sauterelle. Seule différence avec l’insecte, il semble avancer au ralenti, plombé par l’alu qui, dès sa naissance, s’est introduit dans ses os. Aucune métallurgie ne peut l’en faire sortir. Le joueur doit faire avec. Résultat, il est rattrapé, plaqué, la tête dans l’herbe. Mais ses partenaires l’aiment et sont vigilants. Il est si attachant avec ses efforts, son envie, sa détermination. Dès qu’il touche le sol, ils sont déjà là, soutiennent le corps malmené et protègent le ballon pour une nouvelle relance. Oui, avoir des pieds d’alu, c’est vraiment pas drôle.
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