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Connard0

Universel, intemporel et spécialement antipathique, le connard se repère à son bavardage. Alors que les équipes évitent de discuter, surtout les décisions de l’arbitre, il jacasse, conteste, adresse insultes et réflexions désagréables à son vis-à-vis qui doit évidemment rester de marbre, du moins pendant un temps. Premier à parler, il est aussi le dernier à se battre, s’il le faut. Il arrive que l’on se trompe et qu’un connard ne le soit pas (vraiment). Il est alors recommandé de lui dire : « Je retire connard. » Rien ne vous empêche de le traiter de minable ou de pieds d’alu. Le connard existe aussi en dehors des stades, malheureusement…

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Couilles d’argile0

Au Moyen Âge, le mot coille s’appliquait aux simples testicules, ces petits sacs qui permettent de faire des bébés et, à l’occasion, de démontrer sa virilité. Bref, les couilles d’argile ne croient pas si bien dire. Car à partir de 1594, dit un dictionnaire savant, le mot couille était adressé aux lâches, et, plus récemment, aux « couilles molles ». Au rugby, ce sont ces pauvres joueurs qui, pas forcément débutants, se dérobent à la moindre attaque, se mettent toujours là où il ne faut pas et, pris sur le fait, adressent un ce ces airs étonnés qui désarmerait le diable en personne. Parce qu’en plus, ils ont du culot. Souvent relégués sur le banc, en attendant un hypothétique remplacement, ils savourent ces moments de tranquillité. Parfois, ils sont appelés et il faut voir leur teint blêmir, leurs jambes flageoler. Il arrive pourtant qu’une couille d’argile fasse preuve d’un courage extraordinaire. Comme quoi.

C

Couillon0

Petit frère de la couille d’argile, le couillon n’a pas sa classe. Il se contente de grapiller des ballons perdus et, le cas échéant, de les garder égoïstement avant de se précipiter en touche lorsqu’il est poursuivi par des ennemis voraces. Il n’est pas très courageux mais attachant. Agrippé aux regroupements, comme ces poissons pilotes qui suivent les carnassiers, il dandine pour faire illusion, et tend un bras, au cas où la balle tomberait miraculeusement. Autre caractéristique : on le retrouve souvent là où il ne doit pas être. Il s’y sent si bien.

D

Danseuse0

Voir un ailier foncer vers l’en-but ou un avant carnassier bousculer avec tendresse une barrière de joueurs, tout cela ne manque pas de grâce. Mais le rugby n’est pas un sport d’opéra, même comique, ni un collectif de danseurs étoiles. Il arrive pourtant que, dans une équipe, se faufile une danseuse. Eh bien, pour le coup, il est gracieux ce porteur de pointes à crampons. Dès que le ballon se loge dans ses bras, il entame une chorégraphie touchante, levant un bras pour un raffut en apparence délicat, mais tout en force. En courant, il lève les genoux, prêt à un entrechat qui se transforme en fait en fusée. Il faut donc se méfier de son aspect fragile, qui cache en réalité une détermination totale. En plus, la danseuse est très sympa et, si son côté féminin est bien visible, le premier à aborder les filles, mais pour les séduire.

D

Destroncheur0

À Toulon, là-bas au Sud, ça parle aussitôt. La mêlée, rugueuse et marquée par l’accent de cette terre de soleil, est le monde du destroncheur, une première ligne hors du commun. On rentre sans se poser de question, tête contre tête, et tant pis pour les migraines d’après match qui tortureront l’adversaire. Le destroncheur a un crâne en béton, un cerveau fossilisé qui le met à l’abri des commotions diverses, des oreilles de choux dès la naissance, et un sourire de prédateur. Lorsqu’il s’agrippe au pilier vis-à-vis, vous pouvez lire dans les yeux de celui-ci une sorte de détresse qui se confirme dès le contact. Le son des épaules qui se heurtent ressemble à celui d’une pièce de viande martelée par le boucher. Puis le destroncheur quitte la mêlée pour se jeter dans le jeu, tout-fou, donnant de la tête ici et là, jusqu’au coup de sifflet final. Alors il oublie tout, reprend un aspect humain. Son premier souci est d’aller saluer sa victime de première ligne, qui n’en demandait pas tant.

E

Enfoiré0

Rien à voir avec un phénomène de foire. L’enfoiré n’a pas envie de plaisanter ni d’amuser les autres. Comme le con et le salaud, mais un registre juste en dessous, cet individu odieux tente par tous les moyens de prouver qu’il existe. Pauvre attitude qui aboutit toujours à des échecs. Tenez, un jour, un enfoiré, plaqué vigoureusement, essaya de retenir par la jambe le plaqueur qui s’était relevé. Il doit encore porter la marque des crampons sur sa joue droite. Un autre, dans un regroupement, appliqua exprès son genou gauche sur le ventre de ce qu’il croyait être un adversaire. Manque de chance, c’était un partenaire. Au maul suivant, il ne se releva pas et, depuis, ne fait plus partie de l’équipe. Au rugby, la justice n’a pas besoin de réformes.

E

Engraineur0

À Bègles, grand pays des radis noirs, on plante des graines, c’est une habitude, comme presque partout, même en ville. Dans ce village rugbystique, engrainer est autre chose, et l’expression « tu m’engraines » une réalité. Un engraineur est un casse-pompon professionnel, un habitué des chicaneries. Planqué derrière les autres, l’œil aux aguets, il se remarque à ses chaussettes bouchonnées au bas des jambes et dévoilant ses protège-tibias. Il porte de grandes oreilles, un maillot trop court des bras (qu’il a trop grand) et adore créer des incidents. Remis en place par ses copains, il se calme un temps (très court) et ne peut s’empêcher de recommencer. Il faut alors le sortir. L’engraineur est d’autant plus pénible qu’il fait pareil à l’entraînement. Nature, quand tu nous tiens !

F

Faux cul0

Au contraire du bas du cul (voir ce mot), le faux cul n’a pas de fesses. Au lieu des hémisphères bien rebondis qu’on attend d’un rugbyman ordinaire, c’est-à-dire un minimum de muscles, il se vante de porter un short ample, ne moulant aucune forme et d’une tristesse à mourir. En plus, il a mauvais caractère, se plaint tout le temps des décisions de l’arbitre, des actions de ses partenaires, de tout et de rien, et, bien sûr, de l’adversaire. Il a le regard fuyant, la main moite et des baguettes en guise de jambes. Utilisé en dernière limite, lorsque l’équipe n’a vraiment pas le choix, il se fait remarquer dès son entrée en jeu. Par exemple, il adore les croque en jambes (parfaitement interdits), les massages oculaires et les torsions d’oreilles. Heureusement, le faux cul ne reste pas longtemps dans le club. Mais comme le coucou, il n’hésite pas à déménager et va faire son nid plus loin.

F

Femme0

Non, ce n’est pas un gros mot mais un hommage. Pour toutes ces mères, sœurs, fiancées et épouses qui, patientes, soutiennent leurs joueurs. Et pour toutes ces jeunes filles et ces femmes qui jouent partout dans le monde, même chez nous à Gradignan.

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Fouroux, passe de0

Le Fouroux (un vrai nom propre) est un petit lutin, mais vraiment petit, même minuscule, qui vit entre les brins d’herbes des terrains. Au rugby, on l’appelle « demi de mêlée ». Enfin, un petit lutin qui « vivait », parce que ce farfadet appartient au passé. Aujourd’hui, on rencontre des Fouroux très grands et ils ont toujours existé, parce que demi ne se rapporte pas à la taille, mais au poste. En tout cas, le Fouroux donna son nom à un de ses congénères qui, depuis, conduit les packs sur les nuages du paradis. À Agen, il avait une drôle de réputation. On parlait d’une « passe de Fouroux » quand elle était parfaitement ratée. Et il y en a toujours des passes ratées. Le Fouroux en question doit bien ricaner là-haut.