T

Tafiotte2

C’est plutôt rustique mais pas irrespectueux… Cet équivalent du célèbre tarlouze désigne un homme qui aime les autres hommes. Au rugby, la fraternité ne pousse pas forcément à une telle intimité, mais elle n’est pas exclue. Il existe même des équipes mêlant homosexuels et hétérosexuels. La proximité des corps chauffés par l’effort, ces entrées en mêlées ponctuées de rugissements orgasmiques, le placage qui s’apparente aux luttes intenses entre mâles, tout cela fait penser à une tendresse bien virile. Après la partie, dans les vestiaires, certains se laissent aller à des plaisanteries grasses où la tafiotte, ou tarlouze, en prend pour son grade. On simule des rapports qui n’auront pas lieu, on laisse tomber son savon pour rire entre potes complices d’une séance sexuelle qui n’aura pas lieu non plus. Bref, les rugbymen sont de grands sentimentaux qui cachent leurs affections sous la rudesse et la moquerie, mais sans jamais être méchants.

T

Tapette0

Ce mot quelque peu désobligeant désigne évidemment un joueur aux allures efféminées, ce qui ne l’empêche pas d’être un bon combattant. Sa grâce, a priori peu compatible avec la rudesse de ce sport, est en fait un atout. Elle lui permet de voler plutôt que de courir, et d’esquiver mieux que quiconque les placages assassins. Élancé, chevelu et sans complexe, le tapette est évidemment musclé, malgré les apparences. Précisons que son titre est la plupart du temps donné par des gros au charme beaucoup moins évident. Et puis, le tapette n’est pas forcément homo, ce qui n’aurait bien sûr rien de honteux.

T

Tête plate0

D’habitude, une tête est ronde, ou à peu près. Tout dépend des coups reçus pendant les années de pratique et les cicatrices en rapport. Si l’on excepte les nez cassés, les oreilles de choux et autres marques de combat, la tête d’un rugbyman est donc normale. Excepté le monsieur « tête plate ». Le plat ne se rapporte pas à la forme mais au contenu. Si une tête est pleine, de cerveau s’entend, la sienne est à peu près vide, en dehors des fonctions vitales. Comme tout le monde a sa place dans une équipe, l’astuce consiste à le faire participer sans trop le faire jouer. Il intervient lorsqu’un équipier est parti arrêter son saignement ou bien à la dernière minute, lorsque les chances de gagner sont à peu près totales. Il arrive qu’une tête plate fasse illusion pendant un temps. Il finit toujours par se démasquer tout seul.

T

Touriste0

Ce gros mot, entendu un jour à Bègles, est national. Il fait référence à ce petit animal visitant les nids des autres contrées, qui se promène, regarde à droite et à gauche, toise les autochtones d’un air étonné. Au rugby, c’est pareil. Le touriste se ballade sur le terrain, observe, parle beaucoup (trop), mais n’agit pas. À pour dépenser de l’énergie, il en dépense, sans servir à grand-chose. On le voit à l’aile droite alors que l’action se déroule à l’aile gauche. Il détale aussitôt pour rejoindre les autres. Trop tard. Le ballon est déjà parti de l’autre côté. En résumé, le touriste est é-pui-sant !

T

Tronche en biais0

À force de sa faire marcher dessus, il arrive que le visage en porte les traces. Et qu’il perde sa rectitude, enfin qu’il ne soit plus droit comme avant. Bien sûr, rien à voir avec les gueules cassées de 14-18, il ne faut pas exagérer. N’empêche, le tronche en biais fait peur. Comme un gladiateur, il porte sur lui la détermination des matchs à suspens, les coups involontaires (ou non) reçus dans les mauls, les poussées enfiévrées des mêlées fermées. Mais il a mauvais caractère, ce qui peut se comprendre. Un rien l’échauffe et, dans ce cas, il vaut mieux courir vite.

T

Troncheur0

Le troncheur, ou preneur de tronche, est un croisement subtil entre la gazelle, pour la rapidité, et le taureau de concours, pour la bestialité. C’est simple, il fonce sans discernement sur tout ce qui bouge, sauf le ballon. Côté soutien et défense, il est précieux. Côté attaque, c’est une calamité. Le troncheur a bien sûr mauvais caractère, un physique impressionnant et des pieds qui n’en finissent pas. Mais il a un point faible : il déteste la vue du sang qui, sans doute, doit lui rappeler les abattoirs. Derrière ce caractère bourru, il aime les enfants. C’est déjà ça.